Les syndicats et la gauche ont salué une "grande victoire", en regrettant, tout comme l'UDF François Bayrou, "deux mois de gâchis".
"Au-delà des mots, c'est bien d'une abrogation qu'il s'agit", s'est réjoui le dirigeant socialiste François Hollande, évoquant la "triste aventure du CPE" et "l'entêtement de l'exécutif".
Le Premier ministre, qui a bataillé jusqu'au bout pour empêcher la disparition du CPE, a prononcé lui-même l'acte de décès en invoquant son souci de préserver "l'unité de la majorité", laminée par des semaines de crise.
"Les conditions nécessaires de confiance et de sérénité ne sont réunies ni du côté des jeunes, ni du côté des entreprises pour permettre l'application du contrat de première embauche", a-t-il concédé à l'issue d'une nouvelle réunion à l'Elysée.
L'article 8 de la loi sur l'égalité des chances, qui créait le CPE, sera remplacé par "un dispositif en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes en difficulté", et non plus à l'ensemble des moins de 26 ans, a annoncé l'Elysée.
Le président Jacques Chirac a pris sa décision après avoir examiné la proposition élaborée par la majorité parlementaire, qui a travaillé à sa demande pendant dix jours à la mise au point d'un délicat scénario de sortie de crise.
Le dossier CPE a fait l'objet d'une dernière réunion lundi matin à l'Elysée entre Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
Les deux hommes ont ensuite été rejoints par le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, et une cohorte de parlementaires.
"CHAMPAGNE" MAIS L'ACTION CONTINUE
Dans une allocution prononcée ensuite à Matignon, Dominique de Villepin a proposé aux partenaires sociaux d'engager "une discussion sans a priori", après l'échec du CPE, sur la sécurisation des parcours professionnels, sur la précarité et l'insertion des jeunes dans l'emploi.
Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a dit que l'examen de la proposition de loi pourrait avoir lieu dès mardi en séance.
La crise du CPE laisse les deux responsables de l'exécutif affaiblis et la majorité divisée.
Face à l'ultimatum des organisations syndicales et étudiantes, qui réclamaient le retrait du CPE avant les vacances parlementaires vendredi soir, le week-end a été le théâtre de nouveaux déchirements à droite entre "Villepinistes" et "Sarkozystes", notamment.
Le Premier ministre avait ainsi refusé vendredi soir de donner son accord à la proposition élaborée par la majorité, avance Le Monde.
Quant à Jacques Chirac, il aura attendu deux semaines pour reprendre la main, laissant à la fois le numéro deux du gouvernement Nicolas Sarkozy s'imposer en "premier ministre bis" et le pouvoir donner le sentiment de flotter.
"Cela fait une quinzaine de jours qu'on attendait que le président de la République retrouve en réalité cette fonction", a souligné le constitutionnaliste Didier Maus.
En fin de compte, c'est la proposition formulée par le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, qui semble avoir été retenue.
Il ne reste ainsi plus rien des deux recommandations qu'avaient solennellement formulées Jacques Chirac le 31 mars.
La plupart des membres de l'intersyndicale, qui se réunissait lundi après-midi, ont estimé avoir atteint leur objectif tout en appelant à la vigilance et à la poursuite de l'action syndicale sur le thème de l'emploi des jeunes.
"On va peut-être boire un peu de champagne, il y a une victoire indéniable du mouvement social", s'est réjoui Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU


